En 2022, plus de 281 millions de personnes vivaient hors de leur pays de naissance, selon les données des Nations Unies. Le terme « migrant » regroupe à la fois des travailleurs, des réfugiés, des étudiants et des personnes déplacées pour des raisons familiales ou environnementales.
Les définitions officielles varient selon les institutions, compliquant la collecte de données et la mise en place de politiques globales. Les décisions prises à l’échelle internationale reposent sur des critères souvent discutés, et les enjeux économiques, sociaux et sécuritaires pèsent dans chaque négociation.
Comprendre la migration internationale : définitions et cadre posé par l’ONU
La migration ne se contente pas de déplacer des personnes : elle déplace aussi les lignes, bouscule les certitudes et remet sans cesse à l’épreuve les frontières que les États s’efforcent de tracer. L’organisation internationale pour les migrations (OIM) propose une définition qui pose le décor : la migration internationale désigne le déplacement d’une personne hors de son pays de résidence habituelle, pour une durée excédant douze mois. Derrière cette formule, une diversité de parcours se cache : travailleurs quittant tout pour une meilleure vie, familles cherchant à se réunir, populations fuyant la guerre ou la sécheresse. Au sein des instances onusiennes, le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) trace une limite nette : le réfugié est celui qui fuit la persécution, là où le migrant quitte son foyer pour d’autres raisons, économiques, familiales ou écologiques.
Cherchant à donner une cohérence à ce maillage complexe, le pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières, adopté en 2018, ambitionne de rapprocher pratiques et droits. Il s’appuie sur des textes comme la convention internationale sur la protection des droits de tous les travailleurs migrants et des membres de leur famille, un socle juridique, rarement ratifié, mais dont l’influence marque le débat. Dans ce cadre, la défense des droits de l’homme reste la boussole, régulièrement rappelée par l’ONU et ses agences, notamment à travers les recommandations adressées aux affaires sociales des Nations unies.
Les termes ne sont jamais neutres : migrants internationaux, travailleurs migrants, personnes déplacées… Ces distinctions structurent les chiffres, orientent les stratégies publiques et nourrissent parfois la controverse. La manière dont on nomme façonne la manière dont on agit. Les institutions internationales s’efforcent de réguler un phénomène ancien, tout en cherchant à ménager la protection des droits et la gestion des flux migratoires. Le débat sur les définitions n’est jamais clos : il s’invite dans chaque négociation, chaque rapport, chaque décision prise au niveau global.
Pourquoi les populations migrent-elles ? Principales causes et dynamiques actuelles
Les raisons qui poussent à partir se superposent, s’entremêlent, s’enchevêtrent parfois sans qu’on puisse toujours les séparer. Beaucoup de travailleurs migrants, accompagnés de leurs membres de famille, traversent les frontières en quête d’un quotidien plus stable. L’écart entre les perspectives offertes au Nord et celles, bien plus réduites, dans certains pays du Sud, creuse le fossé. Ce déséquilibre mondial nourrit un solde migratoire négatif dans de nombreux territoires et alimente le rêve d’un développement humain partagé.
Il y a aussi ceux qui n’ont pas le choix. Fuir la guerre, échapper à la répression politique, se soustraire à la violence : chaque année, des milliers d’hommes, de femmes, d’enfants prennent la route de l’exil. À cette réalité s’ajoutent aujourd’hui les déplacements liés à la crise environnementale : sécheresses, inondations, dégradation des terres… Ces bouleversements forcent des familles entières à abandonner tout ce qui faisait leur vie. Selon l’ONU, la catégorie des déplacés climatiques grandit à vue d’œil, révélant une urgence encore mal prise en compte.
Les profils évoluent : familles, enfants non accompagnés, jeunes diplômés pris dans la fuite des cerveaux, saisonniers espérant un salaire. Souvent, l’envoi de fonds par les migrants permet à ceux restés au pays de tenir, de se soigner, d’accéder à l’école. Mais la migration nourrit aussi des trafics : la traite des êtres humains et le trafic de migrants profitent de la vulnérabilité de ceux qui n’ont plus rien à perdre. L’enjeu de la protection et du respect des droits reste plus que jamais d’actualité.
Quels sont les grands enjeux mondiaux liés aux migrations aujourd’hui ?
Les migrations internationales s’imposent aujourd’hui comme un défi au cœur des équilibres mondiaux. Contrôle des frontières, respect des engagements internationaux, exigences de sécurité : les États tentent de composer avec des intérêts parfois contradictoires, tout en étant observés de près par la société civile et les organisations internationales.
D’un côté, la migration régulière, encadrée, négociée. De l’autre, la migration irrégulière, qui soulève des débats parfois houleux sur la justice sociale, la xénophobie et les dispositifs institutionnels. Le modèle de l’espace Schengen, la politique migratoire de l’Union européenne ou le rôle des pays de transit sont autant de terrains où s’affrontent visions et intérêts divergents. Ceux qui vivent sans papiers, migrants en situation irrégulière, restent les plus vulnérables : précarité, rejet, exposition au racisme… Les sociétés d’accueil n’échappent pas aux tensions.
Le climat s’invite aussi dans la discussion. La justice climatique et les migrations environnementales forcent à repenser les réponses, au-delà de la simple fermeture des frontières. L’ONU, à travers son programme de développement durable à l’horizon 2030, insiste : la mobilité doit être sûre, ordonnée, prise en compte par l’indicateur SDG 10.7.3. Loin d’être un danger, la migration peut devenir un moteur : bénéfice pour le pays d’origine, pour celui d’accueil, pour la personne migrante elle-même.
Quelques axes structurent aujourd’hui les grandes orientations internationales :
- Équilibre entre contrôle et respect des droits
- Protection contre la xénophobie et le racisme
- Intégration des migrations dans les stratégies de développement durable
L’ONU face aux défis migratoires : initiatives, accords et perspectives
Depuis plusieurs décennies, l’organisation des nations unies construit le cadre des accords internationaux sur la migration. Le pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières, adopté à Marrakech en 2018, marque une étape : il ne crée pas de contrainte légale, mais fixe des objectifs, encourage la coopération et promeut une logique de soft law. Les États sont incités à échanger, mutualiser les données et renforcer la protection des droits des travailleurs migrants.
Au quotidien, l’OIM et le HCR, commissariat des nations unies pour les réfugiés, pilotent les réponses humanitaires, apportent leur expertise et accompagnent les États. La déclaration de New York pour les réfugiés et les migrants (2016) a ouvert la voie à une approche plus globale, prenant en compte la diversité des parcours : réfugiés, migrants internationaux, déplacés. Les textes internationaux garantissent des droits, mais leur application reste inégale, soumise aux contextes régionaux et à la volonté politique.
Désormais, la perspective onusienne cherche à croiser protection et développement. Le programme d’action de la conférence internationale sur la population et le développement renforce l’intégration des migrations dans les politiques éducatives, sociales, sanitaires. Des défis majeurs persistent : garantir la dignité, lutter contre la traite et les discriminations, associer les pays d’origine et de destination aux décisions. La souveraineté, les frontières, la solidarité internationale : autant de lignes de fracture qui traversent les débats onusiens, entre réalisme diplomatique et exigences éthiques. Reste à savoir si la communauté internationale saura, demain, articuler ces tensions sans perdre de vue l’humain derrière chaque trajet migratoire.


